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13e Rencontres Recherche et Création
Ce qui nous hante, ce qui nous lie : comment exprimer l’indicible ?

Organisées par l’Agence nationale de la recherche et le Festival d’Avignon
9 et 10 juillet 2026 – Cloître Saint-Louis 

Cour du Cloître Saint-Louis
9 juillet de 10h00 à 11h30

Salle des colloques
9 juillet de 14h00 à 17h30
10 juillet de 14h00 à 17h30

Organisées par l’ANR et le Festival d’Avignon, les Rencontres Recherche et Création, qui font dialoguer artistes et scientifiques autour d’œuvres/spectacles présentés à Avignon, sont cette année repensées et résolument ouvertes aux publics du festival.

Observer, questionner, expérimenter, analyser, inventer : artistes et scientifiques sont souvent mus par une même curiosité. En adoptant des démarches qui leur sont propres, chercheurs et chercheuses comme artistes apportent un éclairage novateur sur les expériences humaines ; leurs productions nourrissent et enrichissent notre perception du monde.

Toujours pensées comme un espace vivant de dialogue et de partage, ces Rencontres mettent en relation les approches, les méthodes et les thématiques qui traversent à la fois la création artistique et la recherche scientifique. Durant deux journées, artistes et scientifiques croisent leurs savoirs, confrontent leurs points de vue et ouvrent largement la discussion avec le public.

Au cœur de cette édition, le questionnement s’impose comme moteur essentiel : questionner le monde, questionner les œuvres, questionner nos certitudes.

Le mal, la mort, les traces du passé, la famille et les relations en son sein, la parole « empêchée » : autour de cinq œuvres théâtrales, ces Rencontres offrent l’opportunité d’explorer collectivement ce qui nous hante et ce qui nous lie en abordant la question de l’indicible. Dans l’esprit du Festival d’Avignon, ces échanges invitent chacune et chacun à exercer librement sa curiosité, pour ne jamais cesser de s’interroger.

Editorial 

Par Emmanuel Ethis
Délégué interministériel à l’éducation artistique et culturelle

Un soir de juillet, dans la Cour du Cloître Saint-Louis, un spectateur sort d’une session sur la représentation du mal et reste planté sous les platanes, incapable de rentrer tout de suite. Il vient d’entendre Julien Gosselin parler de Maldoror et une historienne du CNRS raconter les traces du génocide rwandais. Deux langues, deux méthodes, une même nuit qui le travaille. Il finit par dire à son voisin : « Je crois que je l’ai compris dans le ventre avant de le comprendre dans la tête. » Il tient là, en une phrase, tout ce que cherchent ces Rencontres. L’indicible commence où les mots ordinaires renoncent — et c’est précisément à cet endroit qu’Avignon fait dialoguer l’art et la recherche.

Voilà ce qui fait la force, singulière et précieuse, de ce rendez-vous. Pendant deux journées, au cœur du plus grand théâtre du monde, des artistes et des chercheurs s’assoient côte à côte pour affronter ensemble ce que chacun porte seul. Comment représenter le mal, avec un metteur en scène et une chargée de recherche en histoire. Comment se dire adieu, où une actrice italienne croise un anthropologue et une psychopathologue du deuil. Les histoires de familles, ces nœuds intimes et universels, éclairées par la sociologie politique et la science du même nom. Chaque session repose sur ce pari rare : la pensée la plus exigeante et l’émotion la plus nue logent sous le même toit, celui d’un cloître ouvert à tous les publics du festival.

Ce pari, l’Agence nationale de la recherche le tient depuis treize éditions, aux côtés du Festival d’Avignon. Son rôle dépasse de loin le simple soutien. L’ANR incarne ici une mission décisive et exemplaire : faire descendre la science dans la cité, la rendre vivante et désirable, prouver qu’une chargée de recherche du CNRS et une metteuse en scène parlent au même public du même monde. C’est le cœur battant de la culture scientifique, technique et industrielle. C’est aussi, dans le même mouvement, une leçon d’éducation artistique et culturelle à ciel ouvert.

Comprendre le monde demande aujourd’hui une attention vive et exercée. Tout bouge, tout accélère : le climat se dérègle, les images se fabriquent à la chaîne, les machines parlent et imitent nos voix. Devant ce monde mouvant et déroutant, deux gestes restent debout, solides et complémentaires. Le chercheur, qui décompose et qui éclaire. L’artiste, qui condense et qui révèle. Les Rencontres réunissent ces deux gestes pour offrir au public une boussole rare : la capacité de tenir ferme quand tout vacille, de penser le changement plutôt que de le subir. Voilà la promesse que porte chaque session de ce cloître.

Car l’éducation artistique et culturelle naît exactement de ce geste avignonnais. Mettre un adolescent, un enseignant, un citoyen devant une œuvre qui le dépasse. Lui tendre les outils savants et sensibles pour la traverser. Accepter qu’il en sorte transformé. Maldoror, le deuil, le paradoxe du hérisson, le frère que l’on porte en soi : autant de seuils où l’on apprend à nommer ce qui résiste aux mots. Apprendre à dire l’indicible, c’est apprendre à habiter sa propre vie. C’est la première digue contre la solitude qui guette, et le plus sûr chemin vers les autres.

Ces Rencontres prouvent, année après année, que la recherche et la création forment une seule famille, exigeante et fraternelle. Avignon le sait depuis toujours : on ne quitte pas un grand spectacle indemne. On en sort augmenté, relié, debout. Je souhaite à chacune et chacun ces deux journées de juillet où l’on apprend à regarder en face ce qui nous hante, pour mieux célébrer ce qui nous lie.